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Mustapha Zitouni, Monsieur football

Mustapha ZitouniConsidéré, à juste titre, comme l’un des meilleurs défenseurs centraux du monde à son époque, Mustapha Zitouni a eu une brillante carrière tout aussi exemplaire, parcourant l’Hexagone avant de rejoindre la naissante équipe du Front de Libération Nationale (FLN) au printemps 1958.

Né le 19 octobre 1928 à Alger, Mustapha Zitouni commence à tâter le cuir dès son plus jeune âge, sur les terrains vagues et les ruelles de son quartier, Bologhine (ex-Saint Eugène). Rapidement remarqué par des recruteurs bretons, il traversa la Méditerranée quelques mois avant le déclenchement de la guerre de Libération nationale. Il signa sa première licence de joueur professionnel à l’AS Cannes, club qui formera plus tard un certain Zinedine Zidane, un autre génie lui aussi d’origine Algérienne. Nous étions en 1953 et Zitouni alors âgé de 25 ans.

Après un passage réussi sur la croisette, il acquiert une autre dimension qui aiguise l’appétit d’un autre club sudiste : l’AS Monaco. Attiré par ce défenseur hors du commun, les dirigeants Monégasques tentent de le faire venir sur le Rocher. Mieux armé, plus puissant économiquement, avec d’énormes ambitions, le club asémiste attire donc la perle du voisin et lui fait signer un contrat longue durée (le contrat à temps n’existe pas encore). A Monaco, il explose, en quatre ans, il disputa 136 matches de championnat, 12 de Coupe de France et 4 de la Coupe Drago. S’affirmant au fil du temps comme le meilleur arrière central du Championnat de France et poussant vers la sortie l’inamovible titulaire du poste : Jonquet.

Paul Nicolas, le sélectionneur français de l’époque, se presse de l’introniser au centre de la défense tricolore. En quatre apparitions avec les Bleus entre 1957 et début de 1958, respectivement contre la Hongrie, la Belgique, l’Angleterre et l’Espagne, il devient incontournable à son poste. On se rappelle encore du 13 mars 1958 où il muselait le footballeur de légende, Alfredo Di Stefano, lors du match France-Espagne à Paris. Le génie défensif prit le pas sur celui de l’attaque. Sans doute un des plus grands moments footballistique de Zitouni, en équipe de France, qui avait remporté tous ses duels face au buteur Espagnol.

Un mois plus tard, avant que ne débute la Coupe du Monde 1958 en Suède, Zitouni décide de quitter la France à l’instar d’autres joueurs, comme Rachid Mekhloufi, Brahimi ou Ben Tifour, pour constituer l’équipe du Front de Libération National (FLN), un mouvement de lutte pour l’indépendance de l’Algérie, tournant alors le dos à son pays d’adoption, l’argent, la renommée, etc. au profit de la voie de la raison et du cœur. Pour justifier son engagement, Zitouni dira ceci : « J’ai beaucoup d’amis en France, mais le problème est plus grand que nous. Que faites-vous si votre pays est en guerre et que vous êtes appelé ? ». Cette équipe du FLN devint une véritable équipe d’Algérie, bien qu’elle ne fût jamais reconnue par les instances internationales du football. Les footballeurs de la « Révolution » joueront de nombreuses rencontres et propageront à travers le football leur idée de la vie. Tous ces joueurs deviendront, par la suite, des icônes dans leur pays. Ils auront une place dans le panthéon des joueurs algériens de ce siècle.

En 1962, au lendemain de l’indépendance de son pays, l’enfant de Bologhine stoppe sa carrière au FLN et met sa riche expérience au service du RC Kouba, qui venait d’accéder en nationale Une. A Kouba, il était entraîneur-joueur. Sous ses ordres, la jeune garde koubéenne, les frères Aït Chegou (Rachid, Rabah, Nouredine), Boualem Amirouche, les jeunes Mustapha Benyahia, Seddik Bakou, le gardien Mohamed Touta, Mohamed Fertah, Soudani, Zouaoua, feu Mohamed Aouici « Morro » et bien d’autres encore écriront l’une des plus belles pages de l’histoire du club avec comme apothéose une finale de Coupe d’Algérie, disputée et perdue (1-3) face au grand CR Belouizdad de l’époque. En demi-finale disputée au stade du 19 Juin, Mustapha Zitouni réalisait une prouesse inoubliable. Mené 0-2, l’entraîneur-capitaine-joueur des Koubéens (le défenseur de métier) sonna la révolte et marqua deux buts qui propulsèrent le RCK en finale à la faveur du goal-average. De cette équipe, Zitouni gardera de nombreux souvenirs.

Après avoir prêté main forte à la révolution algerienne, Monsieur football vit aujourd’hui à Nice. A chacun de ses passages à Alger, il plongeait dans l’ambiance familiale qui a toujours régné dans ce quartier algérois. Pour rappel, après l’indépendance, il a porté sept fois le maillot de l’équipe d’Algérie entre 1963 et 1964. Quatre fois contre l’Egypte et une fois contre la Tunisie, l’Allemagne (ex-RFA) et l’ex-URSS. Depuis quelques années, Zitouni se trouve dans un anonymat des plus regrettables et souffre dans sa chair, il mène un combat contre la maladie.
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